Plusieurs personnes se posent la question de la pertinence de la mesure de l’électricité comme indicateur de l’empreinte carbone du service. La consommation de papier devrait être inclue puisqu’elle provient de l’abattage d’arbres et qu’il faut bien ensuite recycler le papier usagé. D’autres demandent que soit comptées les émissions de CO2 dues au transport de chacun pour venir au bureau et intervenir auprès des usagers.
Après un semestre, Mark R. convoque une nouvelle réunion pour remettre à plat tout le plan de réduction de l’empreinte carbone. Après discussion, tous s’accordent pour inclure les consommables de l’activité du Pôle dans le périmètre de mesure. Sont privilégiés désormais la non-impression des documents numériques, l’impression recto-verso systématique, l’utilisation noir et blanc voire le mode brouillon.
En termes d’indicateurs, on comptera les feuilles consommées par les imprimantes ainsi que les cartouches d’encre. En ce qui concerne l’électricité, on utilise l’historique mensuel obtenu de la consommation électrique de l’année précédente.
Afin d’individualiser les actions les unes des autres, des compteurs séparés sont installés pour les différents usages d’électricité. Enfin, le tableau avec ces informations est rendu plus clair : sont reportées les mesures des périodes précédentes, des codes couleur permettent de savoir en un clin d’œil si les actions sont suivies d’effet.
A la fin de l’année, Mark R. demande à son directeur de venir se joindre à la réunion organisée pour établir un bilan des actions engagées. Comme il a accepté, tous les collaborateurs sans exception tiennent à être présents aussi.
Mark R. présente les résultats :
– Je suis très fier de la réduction de la consommation d’énergie par rapport à l’année précédente. M. le directeur, remarquez comme notre service a réussi à faire baisser la facture d’électricité, cela représente plus de 100 tonnes de CO2 qui n’auront pas été émis dans l’atmosphère. Nous avons atteint un excellent résultat qui dépasse de loin nos attentes.
– Mark R.et vous tous ici présent, je me permets de vous féliciter pour vos résultats, sachez que cela fait partie des objectifs clairs posés par la gouvernance de notre association, vos résultats seront appréciés. Je suis aussi impressionné par la façon dont vous avez abordé cette nouvelle responsabilité et la rapidité de mise en œuvre tout comme l’enthousiasme que vous avez manifesté.
Après plusieurs autres commentaires célébrant l’engagement des équipes et leur esprit civique, une voix s’élève dans l’assistance :
– M. le directeur, je vous remercie pour vos compliments. Avec quelques collègues nous avons toutefois quelques remarques à faire sur tout cet exercice.
Tout le monde se tourne vers la personne qui parle, M. Groot est connu pour son engagement pour l’écologie depuis des années et avait déjà demandé à maintes reprises que toute la direction s’engage en faveur de la défense de la planète :
– Je ne suis pas d’accord avec la façon dont a été mesurée l’empreinte carbone. Avec d’autres collègues, nous estimons qu’il aurait aussi fallu tenir compte de tous les déchets rejetés et aussi des trajets entre le domicile et le lieu de travail. De plus, on nous a demandé de vérifier la façon dont est utilisée l’électricité mais sans avoir un vrai contrôle sur cette utilisation.
Il s’ensuit une discussion à laquelle participent plusieurs personnes dans l’assistance mais dans laquelle le directeur se garde bien d’intervenir. Il se dit en lui-même :
« Laissons Mark R. répondre, après tout c’est son service, de plus, c’est lui qui a pris sur lui de déterminer comment l‘empreinte carbone serait réduite. Je ne serais pas légitime à prendre la parole. »
Mark R.se sent débordé et mis en porte à faux par ses subordonnés vis-à-vis de son directeur. Le silence de ce dernier le déconcerte et le rend encore plus mal à l’aise. Après quelques minutes, rendez-vous est pris pour une réunion dans laquelle tout le plan de réduction de l’empreinte carbone sera remis à plat.
Lors de la réunion qui suit à laquelle le directeur ne participe pas, chacun a une bien meilleure maîtrise des enjeux, des mesures à prendre et des objectifs à atteindre. De ce fait, elle se déroule de façon beaucoup plus constructive, Mark R. se rend compte que le plan qu’il avait établi l’année dernière était peut-être insuffisamment préparé et débattu avec l’équipe. Il admet qu’une meilleure compréhension des enjeux passera par la formation, l’implication et l’appropriation du sujet par l’équipe elle-même mais aussi par celle du directeur qualité et du directeur administratif et financier (DAF). Le problème est de rendre la feuille de route opérationnelle et de savoir comment y arriver.
Mark R. va voir le directeur et lui soumet sa réflexion, il pourrait dans le cadre des entretiens professionnels identifier des personnes à former pour en faire des référents du sujet. M Groot a déjà émis ce souhait. Il explique qu’impliquer et former aussi le directeur qualité et le DAF pour aider à mesurer, à mettre en action les mesures et garantir les connexions avec les autres structures de l’association est indispensable.